Ni dissidence, ni résistance

On a récemment cru de moi que mon rêve actuel était de faire partie de « LA Dissidence ».  Ce qui signifie en fait, espérer pouvoir partager un jour un coin de table avec l’un des papes de cette dissidence, comme d’autres rêvent de s’asseoir un jour aux côtés de leur directeur ou de leur président, dans l’espoir infini de finir « calife à la place du calife » ou bien seulement de pouvoir lui lécher les pieds – ce qui est déjà beaucoup pour certains. Si vous émettez alors l’idée que pour vous le fait de faire partie de « LA Dissidence » n’est pas un but et que l’on est dissident ou résistant de fait, sans s’autoproclamer comme tel ou sans attendre le sacre suprême du chef lui-même autoproclamé de cette instance abstraite, alors c’est que vous êtes en fait un suppôt du système ! Aucune parade possible face à cela – nous sommes dans une idéologie totalitaire comme le décrivait Popper où « LA Dissidence » a toujours raison et où ses théories ne peuvent jamais s’invalider.

« Soit vous êtes avec nous, soit vous êtes contre nous » disait G.W.Bush au lendemain du 11 septembre 2001. Grille de lecture binaire et sans valeur. C’est pourtant cette même grille de lecture que partagent les « antisystèmes » autoproclamés car si vous n’êtes pas avec eux, vous êtes contre eux et à la solde du système ! Il leur est en fait impossible de comprendre le sens réel du mot « indépendance » en opposition direct avec tout pouvoir comme celui-ci !

Aujourd’hui, nous sommes donc face à une impasse, fort heureusement pas indépassable, où dès lors que vous vous posez en opposition par rapport au système dominant, incarnation du fascisme moderne, vous êtes enrôlés dans la sphère dite « antisystème ». Cette sphère qui revendique le fait d’être la seule à vraiment s’opposer au fascisme moderne.  Or,  je constate que l’antisystème n’est qu’un autre système qui utilise les mêmes moyens d’attaque et de défense que le système qu’il prétend combattre. En effet, d’un côté nous avons une mafia officielle sur laquelle je ne m’étendrai pas ici y ayant déjà consacré un livre, de l’autre, une mafia qui tait son nom elle aussi et qui pourtant existe bien et use d’un réseau puissant pour faire taire tous ceux qui oseraient une autre critique du système atlantiste et mondialiste. Si vous voulez exister sans être embêté il vous faut en faire partie, sans quoi vous êtes malmené de chaque côté.

Tout ceci m’amène alors à croire que cette « Dissidence », dont certains pensent faire partie alors même qu’ils ne produisent qu’un contenu passablement divergent quand il ne s’agît pas de simples copier/coller d’un contenu déjà produit et pour lequel ils ne seraient en rien condamnés –  sert bien plus à canaliser les personnes soucieuses de combattre le nouveau fascisme, en les enrôlant dans une sphère qui leur permettra de gagner suffisamment d’argent pour les maintenir au calme.

Pourtant, il existe bien des intellectuels, des philosophes, des économistes et autres, moins connus malheureusement, qui n’ont pas besoin de prétendre faire partie d’une quelconque sphère de dissidents du dimanche pour être profondément dissident.  En effet, ils le sont de fait car leurs écrits mais aussi et surtout leur vie sont en dissidence par rapport au fascisme moderne qu’ils ne se contentent pas de déconstruire sans cesse mais auquel ils proposent et construisent d’ores et déjà des alternatives viables.  Je pense ici à des personnes telles que Bernard Friot, George Gastaud, Dominique Pagani et d’autres, infiniment plus performants et révolutionnaires que certains revendeurs de couteaux suisse de la dite Dissidence. Je pense aussi à des personnes comme Jean-Claude Michéa ou encore Etienne Chouard, tous deux relayés parfois par « LA Dissidence » sans en avoir jamais fait la demande probablement. Je pense encore à d’autres personnes que je ne souhaite pas associer à cet article qui construisent chaque jour des eco-villages, font de la permaculture dans des déserts, promeuvent un message de joie et d’amour qui fait son chemin un peu plus chaque jour. Toutes ces personnes n’ont pas besoin de se coller une étiquette « antisystème », devenu un équivalant de « vu à la tv », pour être déjà en dehors du système fasciste car de fait, leurs vies et leurs œuvres les placent en dehors de ce système !

Il en va de même pour ceux  qui nous jouent la carte totalement anachronique de la grande résistance qui voit de nouveau le jour.  À ceux-là je leur dis que de Gaulle était un inconnu qui a tout quitté une soir de juin pour défendre une certaine idée de la France, sur laquelle il ne pouvait plus poser le pied n’étant entouré que d’ennemis (Hitler, Pétain, Roosevelt et même Churchill…). Quant à Jean Moulin et les résistants du quotidien, présents dans les maquis ou ailleurs, ils risquaient leur vie chaque jour. À ceux qui pensent revivre ça aujourd’hui je leur dis clairement, chers amis, vous ne jouez pas dans la même catégorie ! Encore une fois, c’est par nos actes que nous devenons ou non résistant et pas en s’autoproclamant à tout vent comme tel ! Alors nous serions dans une guerre nouvelle, les choses auraient changées etc. De fait, cela est bien vrai et c’est une raison de plus pour agir dans le présent sans se prendre pour les combattants d’hier qui méritent simplement notre respect et pas une identification hasardeuse.

Revendiquons réellement notre indépendance, sans être ni lié ni enrôlé par un quelconque système ! Demandons « l’ordre moins le pouvoir » contre ces affreux qui ne font que reproduire la dégénérescence du système en s’estampillant « antisystème » dans l’unique but d’obtenir une petite notoriété et plus de pouvoir.  Je ne demande pas la guerre, loin de là, au contraire, je réclame la paix. Comme le dit l’adage populaire : « chacun chez soi et les vaches seront biens gardées », dans le refus de l’ingérence intellectuelle mais pour le dialogue.  Le système n’en est pas capable, il stigmatise, ostracise, insulte etc. les « antisystèmes » seront-ils en mesure de le faire, par respect sans anathèmes et sans enrôlement ou bien ne sont-ils finalement que des canalisateurs d’une révolte qu’ils contiennent ?…

Soyons résiliant[1] avant d’être des résistants chimériques….

PS : ce n’est pas en étant dans le système qu’on peut prétendre le combattre.

[1] CNTRL : « Force morale; qualité de quelqu’un qui ne se décourage pas, ne se laisse pas abattre. »

Loïc Chaigneau – Ni Dissidence, Ni Résistance © 2014.

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